Bricks.co est il fiable pour investir dès 10 € dans l’immobilier et à quoi faut il faire attention ?

c christophe Rédaction
Publié le 9 août 2026 Lecture 9 min
espace professionnel innovation

Vous pouvez investir sur Bricks.co dès 10 euros, mais la fiabilité se juge surtout sur 3 points très concrets : le cadre réglementaire (AMF et chaîne de paiement), la compréhension du produit actuel (des obligations immobilières appelées « bricks ») et votre méthode pour limiter les risques projet par projet. L’idée n’est pas de chercher une plateforme « sans risque », mais de savoir exactement ce que vous achetez, ce que vous pouvez perdre, et comment éviter les erreurs classiques des débutants.

Aller au bon endroit et comprendre ce que vous achetez vraiment

Si votre intention est navigationnelle, allez sur Bricks.co (et son application) et vérifiez que vous regardez bien l’offre actuelle. Aujourd’hui, vous n’achetez pas « un bout d’appartement » au sens notarial : vous souscrivez des obligations immobilières que la plateforme appelle des « bricks ».

En pratique, ces obligations vous donnent droit à des intérêts versés mensuellement, avec un investissement possible dès 10 euros, et une diversification projet par projet. La plateforme met aussi en avant un marché secondaire (revente) et un mode d’investissement programmé introduit courant 2024.

Avant de vous laisser séduire par les taux affichés, gardez une boussole simple : les projets annoncent généralement des rendements attendus de 8 % à 12 % selon les opérations. Ce n’est pas un livret, et ce n’est pas garanti.

Fiabilité : ce que la régulation encadre, et ce qu’elle n’empêche pas

Le sujet peut sembler technique, mais il faut surtout distinguer deux niveaux. D’un côté, l’encadrement de la plateforme (organisation, information, parcours client). De l’autre, le risque des projets (retards, défauts, perte en capital).

Côté statuts, Bricks est indiquée comme SAS (capital social indiqué 1 000 euros), immatriculée RCS Montpellier 891 762 023. Des coordonnées sont publiées : 246 rue de l’Espérou 34090 Montpellier, 621 Avenue Georges Méliès 34000 Montpellier, téléphone +33 4 81 68 17 22.

Sur le plan réglementaire, Bricks dispose d’un agrément AMF en tant que PSFP (prestataire de services de financement participatif) FP-2023-08. La société est aussi enregistrée à l’ACPR / REGAFI n° 94466 comme agent de prestataire de services de paiement. Et le prestataire de paiement cité est Lemonway (ACPR n°16568).

Ce qu’il faut savoir : ce cadre peut rassurer sur la façon dont la plateforme doit s’organiser (information, gestion des conflits d’intérêts, processus), mais il n’empêche pas un projet d’avoir des retards, un défaut, ni un investisseur de perdre du capital. C’est souvent le point souvent oublié.

Ce qui a changé depuis 2023 : ne pas mélanger l’ancien modèle et l’actuel

Beaucoup d’avis et de débats en ligne mélangent deux époques. Il y a eu un modèle historique basé sur des contrats de royalties, et il y a le modèle actuel basé sur des obligations.

Un communiqué de l’AMF daté du 23/12/2022 a porté sur les contrats de royalties. Une période d’arrêt ou de ralentissement est évoquée entre décembre 2022 et juillet 2023 (environ 7 mois). La bascule vers le modèle obligataire intervient à partir de mi-2023, dans le cadre PSFP.

La conséquence la plus pratique pour vous : le modèle obligataire a moins de recul sur un cycle complet. C’est un point de vigilance, même si l’activité est importante.

Les critiques sur l’ancien modèle portent notamment sur des frais jugés élevés et sur un mécanisme de dilution. On retrouve par exemple des chiffres cités comme 10 % du projet global, 5 000 euros de frais de dossier bancaire (avec levier), 1 % de la valeur du bien TTC par an, et avec levier 2 des frais totaux évoqués à 20 % à 25 % des montants levés. Il est aussi question d’une dilution potentielle de 10 % à 20 % après 10 ans. En clair : même si cela décrit un modèle passé, cela nourrit votre appréciation de la gouvernance et de la qualité de communication.

Chiffres à regarder sans se tromper (et ce qu’ils veulent dire)

Le bon réflexe est de séparer les chiffres d’audience, d’activité, et de risque. Une plateforme peut avoir une grosse communauté, tout en ayant des projets en retard. Les deux coexistent.

Indicateur Valeurs mentionnées Ce que vous devez en faire
Membres +700 000, +730 000, +735k, +723 000 Un membre n’est pas forcément un investisseur, ni un investisseur actif.
Investisseurs actifs 85 000 (bilan 5 ans) Plus parlant que « membres », surtout pour juger l’usage réel.
Ticket moyen 144,89 euros Montre un positionnement « petits montants ».
Montants cumulés financés 324,0 M€, 368 M€, 370 M€, 409 M€ Les cumuls varient selon périmètre et période, mieux vaut recouper.
Projets financés 328, 360, 297 (projets suivis) Vérifiez toujours si on parle de « financés » ou de « suivis ».
Taux moyens affichés 9,94 %, 9,15 % Ne confondez pas taux nominal et rendement réel selon calendrier.
Durée moyenne 24,0 mois Horizon relativement court, mais retards possibles.
Taux de défaut 6,51 % (en montant) vs 3 % (revendiqué) La définition du défaut change la comparaison.
Avis Trustpilot 4,1/5 (4 346 avis) Utile pour détecter des irritants, pas pour mesurer le risque financier.

Un point important : un défaut n’implique pas forcément une perte finale, mais il augmente l’incertitude et la durée. La plateforme indique une politique de défaut après 3 échéances impayées, ce qui est une définition stricte revendiquée.

Retards et procédures : une photo du risque opérationnel

Quand on parle de fiabilité, les retards sont souvent plus parlants que les taux marketing. Sur 297 projets suivis, la répartition indiquée est la suivante : 180 en cours (60,6 %), 68 remboursés (22,9 %), 35 en retards inférieurs à 6 mois (11,8 %), 14 en procédures collectives (4,7 %).

En montants d’encours, cela donne : en cours 191 405 624 euros, remboursés 47 435 200 euros, retards inférieurs à 6 mois 45 330 242 euros, procédures collectives ou défauts 21 103 130 euros.

Ce n’est pas compliqué, à condition de lire ça comme un tableau de bord : oui, une partie rembourse, oui, une partie est en retard, et une partie est dans des procédures plus lourdes. Mon anecdote de terrain, c’est que beaucoup de débutants se focalisent sur le coupon du mois et découvrent trop tard qu’un retard change surtout le calendrier de sortie. La question n’est pas « est-ce que ça arrive ? », c’est « est-ce que votre portefeuille peut l’encaisser ? ».

Frais : ce que vous payez vraiment (même quand on vous dit « pas de frais »)

Côté investisseur, Bricks annonce pas de frais d’entrée et pas de frais de gestion. Mais il reste des coûts concrets à anticiper, surtout si vous retirez souvent.

  • Retraits : 2 retraits gratuits par an, puis 1,20 euro TTC par retrait au-delà (facturation Lemonway).
  • Coûts indirects : fiscalité (flat tax), illiquidité potentielle, slippage possible sur le marché secondaire, et coût d’opportunité des liquidités non investies.
  • Solde Boosté : une rémunération est mentionnée à 2,4 % dans une présentation, et 4 % par an est aussi mentionné ailleurs. Le point de vigilance, c’est de vérifier ce qui s’applique réellement au moment où vous l’utilisez.

Côté porteur de projet, une commission annoncée de 5 % à 10 % HT du montant total collecté est indiquée. Concrètement, ces frais peuvent influencer le couple rendement-risque : un financement plus cher peut pousser à proposer un taux plus élevé, ou à structurer plus serré.

Fiscalité : le taux affiché n’est pas ce qui arrive sur votre compte

Les intérêts perçus sont, par défaut, soumis à la flat tax 30 % (12,8 % d’impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux), avec possibilité d’option pour le barème progressif. La plateforme fournit un IFU pour la déclaration.

En pratique, si vous visez un revenu passif mensuel, pensez « net » : un coupon brut mensuel perd mécaniquement une part avec la flat tax. C’est la base pour comparer avec d’autres placements, et pour éviter de surestimer le rendement.

Marché secondaire et investissement programmé : utile, mais pas une garantie de liquidité

Le marché secondaire est présenté comme une option de revente. Le bon compromis consiste à le voir comme une porte de sortie possible, pas comme une promesse de liquidité. Une revente dépend d’un matching acheteurs-vendeurs, et peut impliquer une décote et des délais. Et si vous sortez en cash, il faut aussi intégrer la mécanique des retraits (et leurs frais au-delà de 2 par an).

L’investissement programmé (introduit courant 2024) peut aider à lisser et diversifier. Mais il a un piège classique : automatiser sans lire les projets, ou surpondérer certaines durées et typologies. Avant de choisir, fixez des limites simples.

conseiller financier projets
  • Plafond par projet pour éviter qu’un seul défaut pèse trop.
  • Préférences de durée si vous ne voulez pas allonger votre horizon sans le vouloir.
  • Règles d’arrêt si un taux vous paraît trop élevé sans explication claire.

Ma méthode simple pour décider si Bricks vous convient (sans vous raconter d’histoires)

Le plus important est de rester maître de votre exposition, surtout avec un modèle obligataire plus récent (bascule mi-2023) et des chiffres qui peuvent varier selon les définitions. Si vous débutez, je vous conseille une progression en quatre temps, très terre-à-terre.

1) Tester petit : mettez une somme minimale (par exemple dès 10 euros), uniquement pour valider votre compréhension du produit, la lecture d’une fiche projet, et la réception des intérêts mensuels.

2) Diversifier vraiment : étalez dans le temps, répartissez sur plusieurs projets, et gardez des plafonds. L’objectif est de ne pas dépendre d’un seul remboursement « in fine ».

3) Suivre comme un tableau de bord : repérez les statuts (en cours, remboursé, retard, procédure), et ne minimisez pas les retards. Ils pèsent sur votre calendrier, donc sur votre rendement réel.

4) Préparer la sortie : réinvestissement ou retraits, en gardant le marché secondaire comme option de dernier recours. Et si vous utilisez le Solde Boosté, vérifiez le taux réellement appliqué (2,4 % ou 4 % par an étant mentionnés).

Je préfère une stratégie simple et répétable à une chasse au « meilleur taux » : sur le crowdfunding immobilier, la sérénité vient surtout de la diversification et d’une lecture froide des retards.

Dernier point, très concret : ne vous basez pas uniquement sur les avis (par exemple 4,1/5 sur Trustpilot avec 4 346 avis) ni sur le haut de fourchette des taux (jusqu’à 12 %). Regardez d’abord le risque opérationnel (retards, procédures) et votre capacité à immobiliser votre argent plus longtemps que prévu. C’est là que se joue, au quotidien, la fiabilité pour un particulier.

Que pensez-vous de cet article ?

c

L’auteur

christophe

Présentation de l’auteur à compléter depuis le profil WordPress.

Tous ses articles