Vous rendez les clés en main propre et vous voulez éviter le flou qui retarde la restitution du dépôt de garantie. Le bon réflexe est simple: faire signer une attestation de remise des clés datée, avec un inventaire précis des accès, idéalement le même jour que l’état des lieux de sortie. Ce document n’est pas obligatoire, mais il vous donne une preuve claire, tout de suite exploitable en cas de désaccord.
À quoi sert l’attestation, et ce qu’elle ne remplace pas
La fin d’une location se joue souvent sur un détail très concret: qui a les clés, et depuis quand. On confond facilement trois choses qui n’ont pas la même portée pratique: la remise des clés, l’état des lieux de sortie, et la fin effective de la location. L’attestation sert précisément à fixer une date et un inventaire incontestables pour la remise, même si l’état des lieux existe par ailleurs. Ce qu’il faut savoir: l’attestation ne remplace pas l’état des lieux de sortie. En revanche, elle peut s’y rattacher et sécuriser la situation quand la remise se fait à une agence, à un propriétaire, à un mandataire, ou dans une colocation où les échanges de clés peuvent devenir confus.
Ce que dit le droit : la preuve écrite et les délais de restitution
Côté règles, deux idées vous protègent si vous les appliquez proprement. D’abord, le cadre général des rapports locatifs est posé par la loi n°89-462 du 6 juillet 1989. Son article 22 fixe les délais de restitution du dépôt de garantie:
- 1 mois si l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée.
- 2 mois si des dégradations sont constatées, le temps de chiffrer les retenues et de restituer le solde.
Ensuite, sur la preuve, un écrit signé a du poids. Les articles 1359 et suivants du Code civil rappellent l’importance de l’écrit sous seing privé, c’est-à-dire un document signé directement entre les parties, sans passer par un officier public. Et pour la conservation des preuves, l’article 2224 du Code civil est souvent retenu comme repère pratique de durée.
La date qui compte, et pourquoi il faut la verrouiller
Concrètement, la date que vous devez pouvoir prouver est la date de remise des clés indiquée sur l’attestation. C’est le point de départ le plus simple à faire valoir pour calculer les délais de 1 mois ou 2 mois. Le point souvent oublié, c’est qu’une date floue ou contestable se paye cher en énergie: vous passez votre temps à « prouver » au lieu d’obtenir un remboursement. Dans la plupart des cas, la méthode la plus saine est de faire coïncider état des lieux de sortie et remise des clés le même jour.
Remise en mains propres contre récépissé : le bon parallèle
La loi prévoit déjà, pour le préavis, une remise en mains propres contre récépissé ou émargement (articles 15 et 15-I de la loi du 6 juillet 1989). L’idée est simple: une remise directe, mais prouvée par un écrit daté. En clair, une attestation où le destinataire signe et ajoute une mention manuscrite du type « Reçu en mains propres » vous met dans une logique de preuve très lisible.
Je vois souvent des dossiers bloqués non pas sur le fond, mais sur une date impossible à établir proprement. Une attestation simple, signée sur place en deux exemplaires, évite beaucoup de discussions.
Les mentions indispensables : la checklist qui évite les contestations
Une bonne attestation, ce n’est pas un texte compliqué. C’est un document court, précis, et complet sur les points qui comptent en cas de litige. Voici ce que je vous conseille de faire apparaître systématiquement:
- Identité des parties : nom, prénom, adresse du locataire et du propriétaire, ou du gestionnaire (agence) ou du mandataire.
- Désignation du logement : adresse complète, et si utile étage, numéro d’appartement, code postal, ville.
- Date et lieu de la remise : jour, mois, année.
- Inventaire chiffré des accès : clés porte d’entrée, boîte aux lettres, cave, garage, badges, télécommandes, avec le nombre de chaque.
- Modalité de remise : « en main propre », et si un tiers intervient, préciser « pour le compte de » avec son identité.
- Référence au bail : date de signature ou référence si vous l’avez.
- Coordonnées pour la restitution : adresse postale et ou coordonnées bancaires.
- Signatures manuscrites des deux parties, idéalement sur deux originaux.
En pratique, l’inventaire doit être bête et méchant, mais clair: « 3 clés (1 principale + 2 de secours) », « 1 télécommande », « 2 badges ». Le vrai sujet, c’est d’éviter le « on verra plus tard » qui finit en discussion sur une clé manquante.
Relevés de compteurs et pièces à joindre le jour J
Pour limiter les litiges de facturation et fermer vos contrats proprement, notez les relevés le jour de la remise: électricité, gaz, eau, avec les index, et si possible des photos. Vous pouvez aussi annexer ou au moins citer: – une copie de l’état des lieux de sortie, – l’inventaire des clés, – les relevés de compteurs. J’ai déjà vu des départs pourtant tranquilles se tendre à cause d’un index noté trop tard. Le bon compromis est simple: vous faites les relevés, vous prenez une photo, et vous classez tout dans le même dossier.
Modèle d’attestation de remise des clés en main propre (à imprimer en deux exemplaires)
Voici un modèle prêt à remplir. L’idée est de l’imprimer en deux exemplaires originaux identiques, d’en signer deux sur place, puis de repartir chacun avec le sien.
ATTESTATION DE REMISE DES CLES EN MAIN PROPRE

Fait à : ____________________________
Le : ____ / ____ / ______
Entre les soussignés :
Locataire : Nom, prénom : ____________________________
Adresse actuelle (pendant le bail) : ____________________________
Propriétaire / gestionnaire / mandataire : Nom, prénom ou dénomination : ____________________________
Adresse : ____________________________
Concernant le logement situé : adresse complète ____________________________
Etage / n° (si applicable) : ____________________________
Référence du bail ou date de signature (si disponible) : ____________________________
Date et lieu de remise des clés : le ____ / ____ / ______ à ____________________________
Inventaire des clés et accès remis (indiquer le nombre) :
– Clés porte d’entrée : ____
– Clés boîte aux lettres : ____
– Clés cave : ____
– Clés garage : ____
– Badges : ____
– Télécommandes / bip parking : ____
– Autres (préciser) : ____________________________
Relevés de compteurs (si effectués le jour même) :
Electricité (index) : ____________________________
Gaz (index) : ____________________________
Eau (index) : ____________________________
Coordonnées pour la restitution du dépôt de garantie :
Adresse de correspondance : ____________________________
Coordonnées bancaires (si transmises) : ____________________________
La remise des clés ci-dessus met fin à la détention des clés par le locataire à la date indiquée.
Signature du locataire : ____________________________
Signature du destinataire : ____________________________
Mention manuscrite à écrire par le destinataire : « Reçu en mains propres »
Version courte ou version détaillée : laquelle choisir
Si vous débutez, retenez cette règle simple: plus la situation est potentiellement tendue, plus vous documentez.
| Situation | Version conseillée | Ce que vous mettez au minimum |
|---|---|---|
| Départ simple, remise directe, échanges fluides | Courte | Identités, adresse du logement, date, inventaire des clés, signatures |
| Désaccord possible sur l’état des lieux ou sur des retenues | Détaillée | + relevés de compteurs, annexes, coordonnées de restitution |
| Remise via un tiers (mandataire) ou contexte de colocation | Détaillée | + identité du représentant « pour le compte de », inventaire très chiffré |
Le déroulé du jour J : la méthode simple pour une remise incontestable
Ce n’est pas compliqué, à condition de suivre une séquence stable. Voici les étapes qui évitent 90 % des problèmes:
- Faites coïncider état des lieux de sortie et remise des clés le même jour.
- Inventoriez tous les accès : clés, badges, bip parking, télécommandes, cave, garage.
- Notez les relevés de compteurs et prenez des photos le jour même.
- Faites signer sur place les 2 originaux, puis chacun repart avec un exemplaire.
- Photographiez les documents signés et conservez les fichiers originaux.
Pour les preuves numériques, gardez les photos d’origine (elles contiennent des métadonnées de type EXIF). Vous pouvez aussi faire une vidéo simple: parcours du logement, plan sur les compteurs, zoom sur les index. L’idée est de pouvoir ressortir un dossier clair si la date ou l’inventaire est contesté.
Si le propriétaire refuse de signer : la stratégie en escalier
Le point de vigilance, c’est qu’un refus de signature vous prive d’une preuve « acceptée » par l’autre partie. Dans ce cas, ne partez pas sur une remise improvisée, par exemple déposer les clés dans une boîte sans témoin ni preuve. C’est fortement contestable. La bonne méthode est progressive:
- Venez avec un témoin neutre et faites constater que vous proposez la remise, et que la signature est refusée.
- Faites des photos ou une vidéo horodatées de la remise proposée, de l’inventaire des clés et de la date.
- Envoyez une lettre recommandée avec AR qui récapitule la date et l’heure, l’inventaire, et propose un rendez-vous de remise.
- En dernier recours, faites constater la situation par un commissaire de justice.
Pour vous repérer, une LRAR coûte généralement 5 à 7 euros, avec une distribution souvent annoncée autour de 2 à 3 jours ouvrés. L’objectif est de créer une trace datée quand l’échange direct bloque.
Modèle de lettre LRAR si la signature est refusée
Objet : remise des clés du logement situé ____________________________
Madame, Monsieur,
Je soussigné(e) ____________________________, locataire du logement situé ____________________________, vous informe que j’ai proposé la remise des clés le ____ / ____ / ______ à ______ (heure), et que vous avez refusé de signer une attestation de remise en mains propres.
Inventaire des accès concernés : ____________________________ (préciser le nombre de clés, badges, télécommandes, etc.).
Je vous propose un rendez-vous pour procéder à la remise des clés et à la signature d’un document daté : ____________________________.
Je vous demande également de procéder à la restitution du dépôt de garantie dans les délais prévus par l’article 22 de la loi du 6 juillet 1989, selon les éléments de l’état des lieux de sortie.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.
Signature : ____________________________
Signature manuscrite ou électronique : ce qui prouve vraiment
En pratique, la signature manuscrite du destinataire, sur un écrit sous seing privé, renforce votre dossier (articles 1359 et suivants du Code civil). Si vous utilisez une signature électronique, le principe de validité existe aussi, notamment via le cadre eIDAS et l’article 1367 du Code civil. Le plus important est de pouvoir démontrer l’identification du signataire, l’intégrité du document, et l’horodatage. Le bon réflexe, quel que soit le mode de signature: conservez le PDF final, la trace ou le certificat de signature, et les échanges associés.
Après la remise : suivre l’échéance, relancer, exiger des justificatifs
Une fois la remise faite, votre travail devient du suivi. Vous prenez la date de remise des clés et vous calculez l’échéance selon le cas: 1 mois si l’état des lieux de sortie est conforme, 2 mois si des dégradations sont constatées (article 22). Si le délai est dépassé, commencez par une relance amiable, puis une relance LRAR en rappelant: date de remise, montant du dépôt, coordonnées de remboursement. Et si une somme est retenue, demandez des devis et ou factures, poste par poste, en vous appuyant sur l’état des lieux. En cas de blocage, vous pouvez saisir la commission départementale de conciliation avec un dossier propre (attestation, état des lieux, photos, échanges), puis engager une action si nécessaire. Pour la conservation, gardez au minimum vos preuves plusieurs années. On rencontre souvent 3 ans, plus fréquemment 5 ans en cohérence avec l’article 2224, et parfois 10 ans par prudence. Le bon sens: conservez au moins jusqu’à restitution intégrale du dépôt et clôture des comptes, avec un dossier papier et un dossier numérique (scans PDF, photos originales, accusés de réception, preuves de signature électronique).
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