Déclaration des sinistres dans une promesse ou un acte de vente : ce qu’un vendeur doit indiquer pour sécuriser la transaction

c christophe Rédaction
Publié le 8 août 2026 Lecture 12 min
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Quand vous vendez un bien immobilier, la déclaration des sinistres n’est pas un détail administratif : c’est un outil simple pour sécuriser la vente et éviter qu’un problème ressorte après la signature. L’idée est de dire clairement si votre bien a subi des sinistres indemnisés liés à une catastrophe reconnue, et de fournir les preuves au bon moment, dès le compromis puis à l’acte.

À quoi sert la déclaration des sinistres, concrètement

Dans une vente, ce qui crée les litiges, ce n’est pas seulement le sinistre en lui-même. C’est l’écart entre ce que l’acheteur pensait acheter et ce qu’il découvre après coup. La déclaration des sinistres sert donc à rendre l’information traçable, à mettre tout le monde d’accord sur les faits, et à verrouiller le consentement de l’acheteur.

En pratique, cette information apparaît à deux endroits : dans la promesse ou le compromis (on pose la base), puis dans l’acte authentique (le notaire l’intègre et annexe les justificatifs). C’est aussi souvent relié à l’ERP (état des risques), où l’historique des sinistres est généralement reporté.

Le point souvent oublié : un « sinistre » au sens courant (un dégât, une fuite, une infiltration) n’est pas automatiquement un sinistre indemnisé au sens des textes. Si vous confondez les deux, vous risquez soit d’en oublier un qui devait être déclaré, soit d’en déclarer trop et de créer une inquiétude inutile. Ce n’est pas compliqué, à condition de partir des bons critères.

Ce qui doit être déclaré obligatoirement (et ce qui est hors champ)

La règle centrale, celle qui vous guide sans interprétation, est la suivante : vous devez déclarer les sinistres indemnisés qui résultent de catastrophes naturelles ou technologiques reconnues par arrêté interministériel. C’est le cadre visé par l’article L.125-5 (IV) du Code de l’environnement.

Situation Déclaration spécifique à faire dans la vente Ce que vous préparez
Catastrophe naturelle ou technologique reconnue par arrêté + indemnisation Oui, à déclarer Courriers d’assurance, attestation ou relevé d’indemnisation, expertise si disponible, factures de réparation
Événement sans arrêté (ex : dégât des eaux « ordinaire ») même s’il y a eu des travaux Pas dans ce cadre spécifique Restez factuel si le sujet revient, et voyez avec le notaire comment l’évoquer sans confusion
Catastrophe reconnue mais aucune indemnisation (ou dossier sans suite) Hors logique « sinistre indemnisé » Gardez tout de même les éléments de contexte, surtout si des désordres persistent
Travaux préventifs sans sinistre Non Factures et descriptif des travaux, plutôt pour rassurer sur l’entretien

Les événements typiquement visés (si reconnus et indemnisés) peuvent inclure : inondations, coulées de boue, mouvements de terrain, sécheresse-réhydratation des sols, submersion. Le bien concerné peut être un logement, un local commercial, un usage mixte. En copropriété, la question peut toucher vos parties privatives et, si cela a un impact sur votre lot ou l’immeuble, des sinistres de parties communes.

Le critère décisif : l’arrêté interministériel (comment vérifier sans se tromper)

Le plus important est de distinguer ce que vous « pensez » d’un événement et ce qui est officiellement reconnu. La reconnaissance passe par un arrêté interministériel constatant l’état de catastrophe naturelle ou technologique. Sans arrêté, l’obligation spécifique liée à ce régime ne se déclenche pas de la même façon.

Le bon réflexe : ne restez pas sur un souvenir ou une discussion de voisinage. Vérifiez. Vous pouvez rechercher l’arrêté via les canaux publics (préfecture, Journal officiel) en utilisant une logique simple : commune, période, type d’événement. Ensuite, contrôlez la cohérence avec votre dossier : période couverte, commune mentionnée, nature du phénomène, et correspondance avec ce qui a été déclaré à l’assurance.

Ce qui compte vraiment : l’indemnisation (et les preuves qui vont avec)

Dans la plupart des cas, la question n’est pas « est-ce que j’ai eu des dégâts ? », mais « est-ce que j’ai été indemnisé au titre d’un sinistre reconnu ? ». Une indemnité peut être versée ou accordée, même si vous avez ensuite fait les réparations. Il peut aussi y avoir une indemnisation partielle, une franchise, ou un dossier géré avec une expertise.

Ce qu’on regarde en premier, ce sont des pièces simples et datées : attestations ou relevés d’indemnisation, correspondances de l’assureur, rapports d’expertise, factures de réparation. Si vous avez acheté le bien récemment, un cas fréquent est l’indemnité versée à un précédent propriétaire : si vous en avez connaissance via des informations disponibles (anciens actes, éléments transmis), mieux vaut le signaler au notaire avec prudence et pièces à l’appui.

Point de méthode : il n’y a pas de formulaire réglementaire imposé pour rédiger cette déclaration. Elle peut être faite librement, et doit surtout être cohérente avec l’ERP et les justificatifs.

Quand déclarer, et à qui : la chronologie qui évite les oublis ?

Il faut agir à deux moments. D’abord au compromis ou à la promesse : vous indiquez s’il existe ou non des sinistres indemnisés, et vous annexezz ce que vous avez déjà. Ensuite à la signature de l’acte authentique : vous actualisez la déclaration, vous remettez les pièces manquantes, et vous prévoyez le cas où un sinistre surviendrait entre les deux signatures.

Le notaire joue un rôle très concret : il collecte, demande les justificatifs, intègre la mention dans l’acte et s’assure que l’ensemble est juridiquement propre. Ne le laissez pas deviner : transmettez un dossier clair.

Deux repères utiles à avoir en tête pendant la vente :

  • Délai de rétractation de l’acheteur : 10 jours (article L.271-1 du CCH), avec restitution des sommes au plus tard sous 21 jours en cas de rétractation.
  • Validité de l’ERP : 6 mois. Si le délai entre compromis et acte s’allonge, prévoyez une mise à jour pour éviter de signer avec un document périmé.

À propos de la durée du compromis : au-delà d’un certain seuil (18 mois est un repère cité), un acte notarié devient imposé. Dans les faits, plus la période s’étire, plus il faut être rigoureux sur les mises à jour (ERP et déclaration des sinistres).

La méthode « zéro stress » pour constituer un dossier exploitable par le notaire

Si vous ne faites qu’une chose, faites celle-ci : constituez un dossier par sinistre, en ordre chronologique. Le gain n’est pas seulement financier. Vous évitez les contradictions, vous répondez vite aux questions, et vous donnez à l’acheteur un récit factuel qui limite les fantasmes.

Voici les étapes qui marchent bien, même si vous n’êtes pas à l’aise avec les papiers :

  1. Listez chaque sinistre concerné (date, nature, pièce touchée ou zone, contexte catastrophe reconnue ou non).
  2. Rattachez à chaque sinistre : l’arrêté (si applicable) et la preuve d’indemnisation.
  3. Ajoutez les preuves de remise en état : factures, devis, photos ou vidéos horodatées, rapports d’expertise.
  4. Vérifiez la cohérence entre l’ERP (rubrique sinistres), vos courriers d’assurance et ce qui a réellement été fait comme travaux.
  5. Transmettez au notaire un dossier unique, paginé, avec inventaire des pièces.

Pour récupérer rapidement l’élément le plus « parlant », vous pouvez contacter le service sinistres ou gestion contrats de votre assurance et demander : une attestation d’indemnisation ou un relevé d’indemnités, la référence du sinistre, et la mention du régime catastrophe naturelle ou technologique si c’est le cas. Si une expertise a eu lieu, demandez aussi la copie du rapport.

En copropriété, n’oubliez pas que certains sinistres peuvent concerner l’immeuble. Le bon compromis est de demander au syndic un historique des sinistres de l’immeuble, les déclarations à l’assurance copropriété, les rapports d’expertise, et les procès-verbaux d’assemblée générale mentionnant sinistres et travaux. Ensuite, vous transmettez au notaire ce qui est pertinent pour votre lot et la vente.

« Une vente se passe bien quand votre déclaration raconte exactement la même histoire que vos pièces d’assurance et vos factures de travaux. Dès que ça diverge, même pour une bonne raison, c’est là que les discussions commencent. »

Rédiger la déclaration : deux formulations simples (avec le bon niveau de prudence)

Vous n’avez pas besoin d’écrire un roman. Vous avez besoin d’une rédaction précise, qui tient sur quelques lignes, et qui permet au notaire d’annexer les bonnes pièces. Deux cas existent : soit vous n’avez aucun sinistre indemnisé à déclarer, soit vous en avez.

Cas 1 : vous n’avez aucun sinistre indemnisé

Ce qu’il vaut mieux éviter : une phrase trop absolue du type « aucun sinistre n’a jamais existé », qui vous expose si un élément ancien ressort. Préférez une formule prudente, du style « à la connaissance du vendeur », et rattachez-la au cadre Cat Nat-Cat Tech.

En pratique, vous pouvez demander au notaire d’insérer une clause indiquant que, à votre connaissance, le bien n’a pas fait l’objet de sinistres indemnisés au titre de catastrophes naturelles ou technologiques reconnues (article L.125-5 (IV)), et que l’ERP de moins de 6 mois est annexé.

Cas 2 : vous avez un ou plusieurs sinistres indemnisés

La bonne méthode est d’être factuel et structuré. Pour chaque sinistre, prévoyez les champs suivants : date, adresse (si plusieurs biens), nature de l’événement, référence de l’arrêté, assureur, forme d’indemnisation, travaux réalisés, et liste des annexes (attestations, expertises, factures, photos, correspondances). Si vous en avez plusieurs, un tableau récapitulatif simplifie la lecture.

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Sinistre entre compromis et acte : quoi faire, sans improviser

C’est le scénario qui stresse tout le monde : vous avez signé le compromis, et un sinistre survient avant l’acte. Là, l’ordre des actions compte.

  • Déclarez à l’assurance rapidement : un délai courant est de 5 jours ouvrables (c’est souvent contractuel).
  • Informez le notaire et l’autre partie tout de suite, et préparez une mise à jour de la déclaration.
  • Évitez de résilier trop tôt : une bonne pratique est de maintenir votre assurance habitation jusqu’au jour de la signature définitive.

Ensuite, tout dépend de la gravité. Un sinistre mineur, réparable vite, se gère souvent par une réparation avant l’acte, avec factures et photos, et une déclaration actualisée. Si le sinistre est significatif mais réparable, on voit souvent une retenue ou un séquestre sur le prix, adossé à des devis et à des conditions claires de libération. En cas de sinistre majeur ou d’incertitude technique, une expertise contradictoire, un report ou un avenant peuvent être nécessaires, voire une résolution d’un commun accord.

Le point de vigilance juridique à connaître, sans entrer dans la théorie : lorsqu’un sinistre survient après promesse, il existe une logique de transmission à l’acheteur des droits nés du contrat d’assurance. Cela peut aussi se traduire par une subrogation au bénéfice de l’acheteur, sauf clause contraire. Concrètement, ce sont des clauses à faire encadrer par le notaire pour éviter que chacun pense « c’est à l’autre de gérer ».

Ce que vous risquez en cas d’omission ou de fausse déclaration

Il faut être clair : ce qui coûte cher, ce n’est pas d’avoir eu un sinistre. C’est de l’avoir caché, minimisé ou rendu invérifiable. Une omission volontaire peut mener à l’annulation de la vente pour réticence dolosive (dol, article 1137 du Code civil), avec des dommages-intérêts.

À côté de ça, l’acheteur peut aussi agir sur le terrain de la garantie des vices cachés (article 1641). Même si une clause tente d’exonérer le vendeur, elle a des limites (article 1643). Et l’acheteur peut choisir entre les actions prévues (article 1644) : rendre le bien (action rédhibitoire) ou garder le bien avec une baisse de prix (action estimatoire).

Les délais à garder en tête sont très concrets : l’action pour vice caché se fait dans les 2 ans à compter de la découverte (article 1648), avec une prescription butoir de 20 ans à compter de la signature (article 2232). Ce sont des horizons longs. La vente est donc plus sereine quand votre dossier est propre dès le départ.

Check-list avant signature : ce que je vous conseille de contrôler

J’ai déjà vu des ventes se tendre pour un détail évitable : un ERP périmé, une pièce d’assurance introuvable, ou une phrase trop floue au compromis. Le bon réflexe, c’est de faire une dernière vérification organisée avant la signature définitive, comme si vous deviez expliquer votre dossier à quelqu’un qui ne connaît pas le bien.

A retenir, avant signature :

  1. ERP de moins de 6 mois, cohérent avec votre déclaration des sinistres et ses annexes.
  2. Pièces d’assurance : attestations ou relevés d’indemnisation, expertises si existantes, correspondances, références de sinistre.
  3. Travaux : factures, entreprises, photos avant-après, et garanties restantes quand elles existent (dont la décennale si applicable aux travaux).
  4. Organisation : un dossier unique, paginé, avec inventaire, remis au notaire.
  5. Visite finale : une visite contradictoire et un état des lieux final 10 à 15 jours avant la signature, pour éviter les contestations de dernière minute.

Une anecdote de terrain, pour finir sur du concret : j’ai vu un vendeur paniquer parce qu’il avait « déclaré trop de choses » en parlant d’un vieux dégât des eaux. En réalité, le problème n’était pas d’en parler, c’était de mélanger dans la même phrase un dégât ordinaire et un sinistre indemnisé au titre d’une catastrophe reconnue. Une fois séparés proprement, avec une pièce d’assurance d’un côté et une facture de réparation de l’autre, la discussion s’est calmée immédiatement.

Votre objectif n’est pas d’être parfait juridiquement dans votre salon, seul avec vos souvenirs. Votre objectif est d’être cohérent, vérifiable, et de donner au notaire de quoi sécuriser l’acte. Si vous appliquez cette logique, vous réduisez nettement le risque de litige après la vente, et vous rendez la négociation plus simple, parce que tout le monde parle enfin des mêmes faits.

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