Plus-value immobilière entre la France et le Portugal : ce que la convention fiscale change vraiment au moment de vendre

c christophe Rédaction
Publié le 10 août 2026 Lecture 15 min
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Quand vous vendez un bien immobilier avec un pied en France et l’autre au Portugal, la règle la plus simple à garder en tête est celle-ci : le pays où se situe l’immeuble taxe la plus-value en priorité. Ensuite, votre pays de résidence fiscale vous fait généralement déclarer l’opération, mais en neutralisant la double imposition via un crédit d’impôt. Le vrai gain, c’est d’anticiper la chronologie et les formulaires, parce que la fiscalité se joue autant sur le calcul que sur les délais et les justificatifs.

Ce que la convention vous apporte, concrètement, si vous êtes franco-portugais

La convention fiscale franco-portugaise vise un cas très courant : vous êtes résident fiscal d’un pays, mais vous détenez un bien immobilier dans l’autre, et vous le vendez. L’objectif n’est pas de « ne payer nulle part », mais d’éviter de payer deux fois le même impôt sur la même plus-value, tout en respectant les obligations déclaratives de chaque côté.

Pour situer le cadre : la convention a été signée le 14 janvier 1971, est entrée en vigueur le 18 novembre 1972, avec application de certaines stipulations à compter du 1er janvier 1973. Un avenant du 25 août 2016 est en vigueur depuis 2017. En pratique, cela vous sert surtout à comprendre quel Etat taxe et comment l’autre Etat élimine la double imposition.

Résidence fiscale : le point de départ pour éviter les mauvais formulaires

Le sujet peut sembler technique, mais la bonne méthode est simple : commencez par vous positionner sur votre résidence fiscale au moment de la vente. Pourquoi? Parce que, dans la plupart des cas, votre Etat de résidence vous demande de déclarer vos revenus « mondiaux », puis applique la convention pour éviter la double imposition.

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En clair, vous allez presque toujours avoir deux questions à traiter :

  • Où se situe le bien vendu? C’est l’Etat qui a la priorité d’imposition sur la plus-value immobilière.
  • Où êtes-vous résident fiscal? C’est l’Etat qui vous fait déclarer l’opération et qui applique la mécanique du crédit d’impôt.

Le point souvent oublié : un changement de résidence fiscale juste avant la vente peut faire basculer l’ordre des démarches et les imprimés à utiliser. Donc, si votre déménagement France-Portugal (ou l’inverse) tombe dans la même période que la signature, mieux vaut vérifier la chronologie avant d’engager la vente.

Côté France, certains formulaires reviennent régulièrement dans ces situations : 2042, 2047, 2048 IMM, et selon les cas 2041 NR et 2041 TM. L’idée n’est pas de tous les remplir « au cas où », mais de savoir lequel correspond à votre situation et à votre calendrier.

Qui taxe la plus-value : la règle centrale (et ce que cela change dans la vraie vie) ?

Le principe à retenir : l’Etat où se situe l’immeuble taxe la plus-value

Pour une plus-value immobilière, la convention donne une règle très lisible : la taxation se fait dans l’Etat de situation du bien. Si vous vendez un appartement au Portugal, le Portugal impose la plus-value. Si vous vendez un bien en France, la France impose la plus-value.

En pratique, cela donne des scénarios très concrets. Exemple typique pour un investisseur ou propriétaire franco-portugais : vous êtes résident fiscal en France, vous vendez un bien situé au Portugal. Vous payez l’impôt portugais lié à la plus-value, puis vous déclarez l’opération en France, avec la mécanique prévue pour éviter d’être imposé deux fois.

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Comment la double imposition est évitée : le crédit d’impôt, et ce qu’il faut prouver ?

La différence se joue ici : la France peut conserver un droit d’imposer, mais elle doit alors accorder un crédit d’impôt égal à l’impôt payé à l’étranger dans la logique prévue. Ce n’est pas un « geste automatique ». C’est une mécanique déclarative, qui demande un dossier propre.

Concrètement, pour sécuriser ce crédit d’impôt, le bon réflexe est de conserver un paquet de preuves cohérent, parce que c’est souvent là que ça bloque (ou que ça se discute) : avis d’imposition local, preuve de paiement, acte, et calcul de la plus-value. Si vous avez ces pièces, vous réduisez fortement le risque de perdre tout ou partie du crédit pour une raison administrative.

Je vois souvent des ventes parfaitement gérées sur le prix et le notaire, puis fragilisées par un détail bête : un justificatif de paiement introuvable au moment de déclarer. Mieux vaut classer au fil de l’eau, pas après.

Calcul au Portugal : formule, 50% imposables, et bascule de 2023

La formule portugaise : partir d’une base propre avant de parler de taux

Avant de parler d’impôt, il faut poser la base. La formule de calcul au Portugal se présente ainsi : plus-value = valeur de vente – (valeur d’achat x coefficient de dévaluation monétaire + frais et charges + charges à la vente). Le point important est l’indexation du prix d’achat via un coefficient de dévaluation monétaire.

Vous avez parfois besoin d’un ordre de grandeur pour comprendre l’impact. Un exemple simple souvent utilisé est : vente 350 000 EUR moins achat 100 000 EUR donne une plus-value brute de 250 000 EUR. Ensuite, l’indexation vient modifier la base (par exemple, un coefficient indiqué à 1,33 pour 2001, 1,10 pour 2008, 1,02 pour 2016, et 1 pour 2018 à 2021).

Le point confus : « seulement 50% imposables »

Ce n’est pas compliqué, à condition de bien lire la règle : il est indiqué que vous devez multiplier le montant par 50%, car seulement 50% de la plus-value est imposable, avec une mention spécifique : les résidents fiscaux portugais bénéficient d’une décote de 50% sur la plus-value imposable. Le point de vigilance, c’est l’articulation exacte entre cette logique des 50% et le statut de résidence, notamment avec ce qui change pour les non-résidents à partir du 1er janvier 2023.

Mon conseil de terrain : ne faites pas une simulation « au feeling » sur ce seul paramètre. Fixez d’abord votre statut (résident Portugal, non-résident), puis appliquez la règle correspondante, parce que c’est l’endroit typique où deux personnes obtiennent deux impôts très différents sur la même vente.

Les taux au Portugal : 28% historique pour non-résidents, puis mêmes taux progressifs depuis 2023

On voit encore beaucoup d’estimations basées sur un forfait à 28% pour les non-résidents. Ce taux forfaitaire est bien mentionné dans les extraits historiques. Mais il est aussi indiqué que, depuis le 1er janvier 2023, les non-résidents sont soumis aux mêmes taux progressifs que les résidents. Ce qui change vraiment, c’est que votre estimation doit se baser sur un barème, et plus uniquement sur « 28% fixe ».

Pour vous repérer, voici un tableau clair des tranches mentionnées pour l’IRS 2023 et 2026. L’objectif n’est pas de vous faire apprendre le barème, mais de vous éviter une approximation dépassée.

Année Tranches et taux (ordre de lecture) Dernière tranche indiquée
IRS 2023 jusqu’à 7 479 EUR : 14,5% ; puis 23% ; 26,5% ; 28,5% ; 35% ; 37% ; 43,5% ; 45% 48% au delà de 78 834 EUR
IRS 2026 jusqu’à 8 342 EUR : 12,5% ; puis 15,7% ; 21,2% ; 24,1% ; 31,1% ; 34,9% ; 43,1% ; 44,6% 48% au delà de 86 634 EUR

En comparaison purement « taux affiché », on voit aussi passer une mise en perspective simple : la France peut aller jusqu’à 36,2% (détail juste après), et le Portugal affiche 28% pour non-résidents dans l’approche historique, avec la logique des 50% évoquée pour les résidents. Mais attention : pour une vente réelle, ce sont vos paramètres (résidence, quote-part imposable, barème) qui font le résultat.

Exonérations au Portugal : résidence principale et un cas spécifique lié à un prêt ancien

Dans quels cas pouvez-vous réduire, voire annuler, l’impôt au Portugal? Le levier le plus recherché est l’exonération liée au réinvestissement dans une résidence principale. Là où il faut être méthodique, c’est sur le calendrier : il est fait état d’une fenêtre de 36 mois, et aussi d’une logique de réinvestissement possible 24 mois avant ou 26 mois après la vente, avec une autre mention « dans les 36 months ». Le bon réflexe est de verrouiller vos dates avec votre notaire ou votre fiscaliste, parce qu’un délai mal compris peut faire perdre l’exonération.

Un autre cas est mentionné avec des conditions listées : achat entre 2015 et 2020, prêt contracté avant le 31 décembre 2014, bien qui est votre seul bien, et bien à usage d’habitation. Là aussi, c’est typiquement une zone où il vaut mieux vérifier l’éligibilité exacte avant de compter dessus dans votre prix net vendeur.

Cas à part : bien acquis avant le 1er janvier 1989

Si vous détenez un bien depuis très longtemps, un jalon est mentionné : distinction entre biens achetés avant le 1er janvier 1989 et après, avec une mention d’absence d’impôt avant et d’assujettissement après. Ce type de règle peut être déterminant, mais il faut la vérifier précisément selon votre situation portugaise, parce qu’une date d’acquisition mal documentée, c’est une porte ouverte aux erreurs.

Cadre français : taux, exonérations, et le délai « dans le mois » à ne pas rater

Ce que la France taxe sur une plus-value : jusqu’à 36,2% (19% + 17,2%)

Côté France, l’extrait utile pour vos simulations est le rappel d’un niveau pouvant atteindre 36,2%, composé de 19% d’impôt sur le revenu et 17,2% de prélèvements sociaux. Ce chiffre sert surtout à estimer l’enjeu si la France est l’Etat de situation du bien, ou si vous devez déclarer en France avec une mécanique de crédit.

Le point de vigilance, c’est que la convention évite la double imposition sur le principe, mais ne « supprime » pas automatiquement les prélèvements sociaux : c’est un point à vérifier selon votre cas.

Exonération résidence principale et abattements de durée de détention

Deux idées simples à vérifier en premier : l’exonération de la résidence principale et les abattements pour durée de détention (avec un tableau détaillé dans la doctrine fiscale). En pratique, c’est ce qui peut transformer une vente « imposable » en vente très faiblement taxée, voire exonérée, côté France.

L’échéance qui coûte cher quand on la rate : déclaration dans le mois suivant la cession

Le sujet peut sembler administratif, mais c’est souvent ce qui fait le plus de dégâts : il est indiqué un dépôt d’une déclaration dans le mois suivant la cession auprès de l’administration fiscale française. Si vous vendez à l’étranger, vous avez vite fait de penser que « tout a été fait là-bas ». Or, côté France, ce délai peut s’appliquer, notamment via le formulaire 2048 IMM quand la plus-value n’est pas exonérée.

Une anecdote qui revient souvent sur le terrain : des propriétaires qui ont bien payé l’impôt à l’étranger, puis découvrent trop tard qu’en France, la difficulté n’était pas l’impôt, mais le timing. Le plus important est de relier votre date d’acte et votre calendrier de dépôt, dès que la vente est engagée.

Démarches et formulaires : la chronologie simple qui évite les blocages

Avant une vente au Portugal : les documents qui font gagner du temps

Avant de commencer, anticipez que certains documents portugais ont une durée de validité et peuvent bloquer la signature s’ils ne sont pas à jour. Une base simple et fiable consiste à préparer ce dossier en amont, surtout si vous devez ensuite justifier des frais dans le calcul de plus-value.

  • Certificat d’enregistrement de la propriété valable 6 mois.
  • Permis d’habitation (il est indiqué qu’il n’y a « aucune vente sans ce permis »).
  • Certificat énergétique obligatoire, avec un coût mentionné de 68 EUR à 950 EUR hors TVA.
  • NIF requis pour tout acheteur au Portugal.

Selon le bien, d’autres pièces sont évoquées, comme une fiche technique pour des constructions postérieures à 2004. L’idée est la même : si vous voulez une vente fluide, préparez ce qui sera demandé avant de caler une date d’acte.

Compromis (CPCV) et acte (Escritura) : ce que ça implique sur votre trésorerie

Au Portugal, il est fait mention d’un CPCV avec une caution habituelle de 10% à 30%. C’est un point très concret si vous visez un réinvestissement pour bénéficier d’une exonération : votre calendrier et votre trésorerie se jouent parfois dès le compromis, pas le jour de l’acte.

Il est aussi précisé une mécanique classique : si l’acheteur se rétracte, perte de la caution, et si le vendeur se rétracte, remboursement du double. Puis, à l’Escritura, le paiement du solde à la signature finalise la transaction.

Après la vente : déclarer au bon endroit, avec les bons formulaires

Ce qu’on regarde en premier, c’est l’ordre logique : calcul et imposition dans l’Etat où est le bien, puis déclaration dans l’Etat de résidence avec crédit d’impôt si la convention le prévoit. Côté France, les repères pratiques cités sont :

2048 IMM si la plus-value n’est pas exonérée, avec l’échéance « dans le mois suivant la cession ». Puis, dans la déclaration annuelle, articulation entre 2042 et 2047 pour les revenus encaissés à l’étranger et le traitement du crédit d’impôt. Pour les non-résidents, des imprimés spécifiques sont cités : 2041 NR et 2041 TM selon les cas.

Côté Portugal, des formulaires sont mentionnés pour des démarches d’exonération ou de remboursement de retenues portugaises : MOD.21 RFI, MOD.22 RFI, MOD.23 RFI, MOD.24 RFI. L’idée est de les identifier tôt si vous êtes dans un cas où ils sont nécessaires, puis de garder les preuves pour la déclaration française et le crédit d’impôt.

Exemples chiffrés : comprendre l’ordre Portugal puis France, et le « taux effectif »

Exemple 1 : résident fiscal français qui vend au Portugal, puis crédit d’impôt en France

Voici les étapes, sans se compliquer inutilement la vie. Vous partez d’un exemple de base : vente 350 000 moins achat 100 000 égale 250 000 de plus-value brute. Ensuite, vous ajustez avec l’indexation (coefficient de dévaluation monétaire) et vous ajoutez les frais et charges ainsi que les charges à la vente, pour obtenir une base de plus-value « portugaise » correcte.

Une fois l’impôt portugais déterminé et payé, vous déclarez en France, et vous appliquez la mécanique d’élimination de la double imposition via le crédit d’impôt. Le point pratique, c’est de caler cela avec l’échéance française : si un dépôt est requis, il est indiqué « dans le mois suivant la cession ».

Exemple 2 : lecture du taux effectif avec la quote-part imposable à 50%

Un exemple chiffré permet de comprendre la différence entre taux nominal et taux réellement ressenti. Cas mentionné : achat 400 000 EUR, vente 600 000 EUR, plus-value 200 000 EUR. La base imposable est donnée comme 100 000 EUR après application des 50%. Avec une tranche à 31,1%, cela donne un impôt de 31 100 EUR, soit un taux effectif de 15,5% sur la plus-value totale.

Ce qui change vraiment depuis 2023, c’est que beaucoup de non-résidents continuent de raisonner « 28% fixe », alors qu’il est aussi indiqué une bascule vers les taux progressifs. Donc, si vous faites une estimation, faites-la avec le bon cadre temporel.

Pièges à éviter : délais, représentant fiscal, et dossier de preuves

Le risque numéro 1 : le défaut de déclaration (et ses suites)

Si vous voulez éviter les mauvaises surprises, traitez la vente comme un projet à deux volets : fiscalité et administratif. En cas de défaut de déclaration, il est fait mention de taxation d’office, d’intérêts de retard « à compter du 1er jour du mois suivant celui où l’impôt aurait dû être acquitté », ainsi que de pénalités et amendes substantielles, avec procédure de rectification et contrôle. Ce n’est pas une raison pour paniquer, mais une raison pour caler votre calendrier dès la signature.

Vente en France par un non-résident : représentant fiscal, quand l’anticiper

Si vous vendez en France en étant non-résident, un point de contrôle peut devenir bloquant : le représentant fiscal peut être exigé si la plus-value est imposable, sauf exceptions mentionnées, notamment ressortissants UE EEE, prix inférieur ou égal à 150 000 EUR ou exonération totale. Le bon réflexe est de vérifier ce point dès la mise en vente, pas une semaine avant la signature.

Ce qu’il vaut mieux éviter : improviser les justificatifs

Pour le calcul au Portugal comme pour le crédit d’impôt en France, la logique est la même : sans justificatifs, vous vous exposez à des corrections ou à une perte d’avantage. Pour rester simple et efficace, gardez un dossier unique (numérique et papier si besoin) avec des factures nominatives, des dates lisibles, et des preuves de paiement cohérentes. Si certains documents sont en portugais, une traduction peut être nécessaire, l’important étant la cohérence globale du dossier.

Le bon fil conducteur avant de signer : votre check mental en 6 points

Avant de choisir une date d’acte, votre objectif est d’éviter les erreurs qui coûtent du temps, de l’argent et de la sérénité. Voici une grille de décision simple qui couvre l’essentiel sans vous noyer :

  • Confirmer votre résidence fiscale au moment exact de la cession (et anticiper tout changement).
  • Identifier l’Etat de situation du bien (c’est lui qui taxe la plus-value en priorité).
  • Simuler la base taxable au Portugal avec l’indexation et la quote-part imposable à 50% selon votre statut.
  • Vérifier les exonérations si vous réinvestissez dans une résidence principale, en verrouillant le calendrier (36 mois, ou 24 mois avant, ou 26 mois après selon la règle applicable à confirmer).
  • Caler les dépôts côté France, notamment si un dépôt est requis « dans le mois suivant la cession » via 2048 IMM, puis la déclaration annuelle 2042 et 2047.
  • Conserver les preuves de l’impôt payé à l’étranger pour sécuriser le crédit d’impôt et éviter les discussions inutiles.

Si vous restez sur ce fil conducteur, vous avez déjà l’essentiel : qui taxe, quand déclarer, quoi garder comme pièces. Et si un point sort de l’ordinaire (vente via une structure, changement de résidence, demande d’exonération avec calendrier serré), c’est généralement là qu’un avis de notaire ou de fiscaliste fait gagner du temps, parce que la convention donne le cadre, mais la bonne exécution dépend des détails.

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